• Chroniques du second semestre 2011

     

    Décembre 2011 Chroniques

     

     Canard à l’orange

     

     

     

    En cette période de fêtes, où vin et chansons à boire vont bon train, quel plat de gourmet, consistant et sucré,  qui puisse être apprécié des petits et des grands? Le choix est délicat, car il nous faut désormais consommer très local, savoir aguicher les papilles et comme tout a un coût, faire œuvre utile tout en mangeant. Question difficile. Nous nous arrêterons cette année sur le « canard à l’orange », un met traditionnel. 

     

    D’abord un choix cornélien : le passer à la casserole ? ou l’enfourner ? Les deux recettes ont leurs adeptes, l’essentiel étant d’en attendrir la chair, car comme diraient les meilleurs cuisiniers toqués, il vaudrait mieux consommer un caneton de l’année. Mais nous ferons avec ce que nous avons localement, un plus dur à cuire en portant une attention particulière à ce qu’il soit bien plumé et qu’il ne lui reste pas de petits fanons noirs plantés dans la peau. 

     

    Ensuite, quelle que soit la recette choisie, un passage obligé : faire roussir les abattis du canard et y ajouter (il aimera ça !), deux verres de vin blanc. 

     

    Notre préférence ira au canard à la cocotte, car on pourra faire succéder les phases avec couvercle (sans pour autant le faire cuire à l’étouffé) et les phases de respiration de l’animal qui, macérant dans son jus, attendra le bec ouvert que lui soient servies des tranches d’orange préalablement rissolées. Fin du fin : le présenter découpé dans un grand plat chaud, décoré de rondelles d’orange. Les convives pourront alors faire un vœu avant de savourer !

     

     

     

    Chroniques

     



    Octobre 2011

     Parodie d’un poème de Victor HUGO

    Devinette : à qui appliquer localement ce portrait ?

     

     Que dit-il ? Tout.
    Qu'a-t-il fait? Rien

    Avec cette pleine assurance,
    en trois ans un homme de génie
    eût changé la face de Durban,
    de la Corbière peut-être !

    Seulement voilà, il a fait tomber Durban
    et n'en sait rien faire.

    Dieu sait pourtant qu'il se démène :
    il fait rage, il touche à tout, il court après la presse;
    ne pouvant créer, il écrit, il cherche
    à donner le change ;

    c'est le mouvement perpétuel ; mais hélas !
    Cette roue tourne à vide.

    Heureusement, la Noria, elle, tourne dans le bon sens.
    Le  ramènera t’elle un jour prochain à la réalité ?

    Rappel : NORIA : Nouvel Observatoire pour un Réveil de l'Initiative et de l'Action 


    Septembre 2011  -  Petit conte oriental 

    Le Grand Vizir qui voulait régner à la place du Calife.

    Il était une fois, sur les bords du Tigre ou de l’Euphrate, un royaume qui avait à sa tête un Calife jeune et de bonne mine rêvant d’offrir à ses sujets le paradis. Pour son malheur, il avait nommé Grand Vizir un homme qui s’était présenté comme fort sage, fort savant et fort intelligent. Tant de qualités avaient séduit le Calife et tous- ou presque, comme vous le savez, il y a toujours des grincheux qui trouveraient des poux sur la tête d’un chauve- se félicitaient d’un si bon choix. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Le Calife régnait et le Grand Vizir s’activait, l‘attelage faisait merveille.

    Mais à quoi sert d’être Grand Vizir si personne ne le sait ? Le succès était monté à la tête de notre homme. Il affectionnait les gazettes, afin que nul n’ignore les bienfaits qu’il répandait sur le peuple et la profondeur de ses pensées. Au début, il chantait les louanges du Calife, mais très vite, il fit entendre sa propre partition. Alors il apparut que le sage était un méchant, le savant un cuistre et l’intelligent un retors. Il se murmurait partout dans le peuple « Ah ! Quel dommage que le Calife se soit entiché d’un tel Vizir ! ».

    Mais le Calife, lorsqu’il sortait, ne voyait partout que sourires et courbettes, ne se doutant pas que toute cette cour avait été rameutée à grands coups de trompe par le Vizir. Les quelques rares trublions qui ne participaient pas au concert étaient cloués au pilori en place publique, accusés d’appartenir à une secte obscurantiste et archaïque qui complotait pour réduire la population en esclavage et vider les caisses du royaume. Il ne se passait pas de jour sans qu’on dénonce leurs turpitudes. « Qui n’est pas avec nous est contre nous ! » hurlaient les courtisans. « Ecrasons ces infâmes ! » martelait le Grand Vizir.

    Au fil des ans, le Grand Vizir faisait tant de bruit qu’on avait fini par oublier qu’il existait un Calife. Un beau jour, il fut convoqué au palais.

    • Qui t’a fait Grand Vizir ? tonna, le Calife.
    • Qui t’a fait Calife ? répondit le Grand Vizir.

    Les choses en restèrent là.

    Puis vint le temps de renouveler les satrapes. En Orient, comme vous le savez, le satrape est un haut dignitaire et le poste était fort convoité. Les candidats faisaient assaut de révérence – enfin, presque tous, il existe toujours un naïf qui croit qu’il suffit d’être de bonne foi et d’avoir un programme pour obtenir le succès- devant le Grand Vizir. Chacun cherchait à lui plaire et jurait de lui faire allégeance. Le Grand Vizir, qui était fin stratège, choisit parmi les prétendants celui qui avait l’échine la plus souple et le caractère le plus docile. Il le fit adouber. Il l’envoya en ambassade auprès de la secte des zélateurs de l’obscurantisme archaïque, espérant ainsi contrecarrer leurs sombres desseins. Il clama partout que c’était un satrape sage, savant, intelligent, bref, un homme à son image. Le Calife, désormais pouvait dormir sur un mol oreiller, le Grand Vizir contrôlait tout dans la contrée.

    Mais à quoi bon le pouvoir et la gloire s’ils ne s’accompagnent pas de profit ? Le Grand Vizir, comme vous le savez, était méchant, cuistre et retors, mais également cupide. En grand secret, il concocta un projet qui lui permettrait de transmuter le plomb en or. Et pour mener à bien l’entreprise, il ne s’entoura pas d’alchimistes, mais d’architectes. L’or viendrait tout naturellement lorsque le cours du plomb aurait monté et les architectes feraient fructifier l’or. Le projet vit le jour. L’or afflua. Alors, il y eut des jaloux. La rumeur enfla « Comment, notre vertueux Grand Vizir est un affairiste ! Lui toujours si prompt à fustiger les travers des Califes et des Vizirs d’antan ! ». La cour se fit moins empressée. Les mécontents se tournèrent vers le Satrape qui peu à peu avait pris de l’indépendance et menaçait de faire alliance avec la secte des obscurantistes archaïques. Le Grand Vizir convoqua le Satrape au palais.

    • Qui t’a fait Satrape ? tonna le Grand Vizir.
    • Qui t’a fait Grand Vizir ? répondit le Satrape.

    Les choses en restèrent là. Enfin, pas tout à fait, le mécontentement grandissait et vint le temps de renouveler Calife et Grand Vizir. Beaucoup de candidats jeunes, de belle mine, et d’hommes d’âge mûr sages, savants, intelligents, se présentèrent. Le bon peuple n’avait que l’embarras du choix. Le Satrape, se dit qu’il n’était pas plus bête qu’un autre et qu’il était temps qu’il devienne Calife à son tour. Il chassa le Calife et le Grand Vizir et prit le trône.

    On dit que, la nuit venue, l’ancien Grand Vizir compte ses sacs d’or dans sa cave.

    Et le Calife ? il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

    Quant au Satrape, il en rit encore.

    Tout ceci, nous l’avons dit, se passait sur les bords du Tigre ou de l’Euphrate. Ce n’est pas chez nous, sur les rives de la Berre, que pourrait arriver pareille histoire. Nous n’avons ici, ni Calife, ni Grand Vizir, ni Satrape. Aucun courtisan ne flatte le pouvoir pour obtenir des faveurs, il n’y a pas de secte obscurantiste et archaïque mais des partis, pas de trublions mais une opposition que tous respectent quelle que soit leur opinion, pas d’Eminence grise, mais des élus qui prennent leurs décisions en toute transparence et font passer l’intérêt public avant leur propre intérêt.

    Bref, le paradis que le Calife avait promis à ses sujets, mais il ne savait pas qu’il existait sous d’autres cieux, sous le nom de Démocratie.