• Chroniques du premier semestre 2011

    Juillet 2011  -  La fable du Lion et du canard 

    Il était une fois, une contrée bénie où les habitants vivaient paisiblement à l’ombre des platanes. Un lion vint à passer, qui s’y installa. Comme il était fort obligeant, les solliciteurs venaient nombreux frapper à sa porte. Tous vantaient ses bienfaits. Le lion lui-même allait quémander des subsides auprès de plus puissants que lui quand venaient les temps de disette. Puis survint une terrible tempête qui dévasta le pays. Le lion, écopa, écopa pour évacuer les eaux et fit venir des airs un aigle de ses amis qui lui promit de l’aide. L’aide venue, la contrée reprit peu à peu vie.

    Un beau jour, se sentant atteint par l’âge, le lion songea à prendre du repos, d’autres lions pourraient lui succéder. Mais c’était mal connaître les lois de la jungle. C’est à qui lui décocherait les flèches les plus meurtrières. Les coups de pieds les plus bas ne vinrent pas de l’âne, mais d’un canard, qui lui devait pourtant beaucoup. Il eut tôt fait de rassembler tous les volatiles aquatiques qui estimaient que leur domaine avait été négligé. Tant et si bien qu’on renvoya le lion à sa tanière et que d’autres animaux de la gent ailée, oiseaux de basse-cour pour la plupart, voulurent transformer le pays en poulailler modèle. On se flattait de substituer à la tyrannie du lion la démocratie volaillère. On n’avait de cesse de cancaner contre le lion qui ne rugissait plus. Un robinet fuyait ? Le lion ! Le grain venait à manquer dans la mangeoire ? Le lion ! La mare était ensablée ? Le lion ! Tous les maux venaient de ce galeux, ce pelé, ce tondu.

    Le vieux lion avait une fille qui se mit en tête de ferrailler avec les oiseaux. Mais l’ère des lions était passée. Nombreux ceux qui avaient léché leurs écuelles se dirent qu’il y aurait ailleurs du grain à picorer. Les volailles entendaient maintenant régner sur le pays sans partage. Toute sympathie envers les lions était suspecte. La fille céda sous les coups de bec.

    Dans la jungle, terrible jungle, le lion pleure ce soir.

    Moralité : Ceux qui hier flattaient la crinière du lion lissent aujourd’hui les plumes du canard, demain ils porteront écaille si les petits poissons deviennent grands. 

    Toute ressemblance avec des animaux existants serait pure coïncidence


    Juin 2011  -  Curiosité zoologique

    Depuis peu, un de nos concitoyens abreuve la presse de communiqués et d’articles sous le couvert d’un animal tutélaire : le canard. Se serait-il trompé de volatile ? Dans la basse-cour, c’est la poule et non le canard qui clame partout  à la ronde qu’elle a pondu un œuf et s’en émerveille. Naïveté et contentement de soi sont le propre du dindon. Le coup de bec sournois à l’approche de l’ennemi supposé, c’est dans la nature de l’oie. Comment un individu peut-il, à lui seul, posséder tous les traits distinctifs des volailles de la ferme ? De savants généticiens auraient-ils introduit sur les bords de la Berre une nouvelle espèce de canard mutant ? Qu’ils se rassurent, les chasseurs ne s’intéressent qu’aux colverts et il ne viendrait à l’idée de personne de faire passer à la casserole un animal aussi rare qui est devenu notre principale curiosité locale.

    Les Durbanais respectent la biodiversité et savent que, « utiles » ou « nuisibles »,  tous les êtres participent à l’équilibre du vivant.


    Mai 2011  -  Les errements de « Canard le B. »

    Depuis quelques semaines, notre volatile local, en mal d’écriture, s’arrache force plumes, les trempe dans le fiel qu’il secrète et nous abreuve d’articulets.  Il faut dire que l’actualité est riche et qu’il veut donner son avis sur tout. Tantôt facétieux, bigrement cancanier, très souvent péremptoire, il va finir, par manque de plumage à se retrouver nu face à l’adversité.
    Pour lui éviter une telle déconvenue, le collectif de la Noria, dans sa grande miséricorde, a décidé de lui tendre une main secourable et de lui adresser ces quelques remarques :

    « Cher petit canard,

    Nous savons à quel point la vie est rude pour toi. Nul endroit où te détendre, prendre l’air, manger tranquille et à l’écart, ces petits vers dont tu raffoles tant. Il faut dire que cette nourriture qui t’est naturelle est une véritable petite usine à recycler les déchets !

    Où que tu sois, le devoir politique, syndical, associatif, militant te rappelle à l’ordre. Qu’il est difficile de faire de la politique, à l’étroit, « dans le cercle de famille »! D’autres, comme tu le leur as reproché, pouvaient tenter de le faire dans la succession des générations, c’est-à-dire chacun à son tour et seul. Pour toi, c’est plus délicat, c’est du simultané… On imagine les réunions de famille au cours desquelles tu dois t’adonner à d’incongrus jeux de rôles. Tu finis par confondre ce qui s’est dit dans l’intimité avec ce qui a été réellement décidé et conduit au niveau de la commune. Les exemples ne manquent pas, du projet tout ficelé d’intercommunalité, jamais mis à débat, et déjà rabougri avant que d’avoir été porté, à tes souvenirs fragmentaires sur la période de François MITTERAND où après avoir profité de ce que tu pouvais prendre, tu ne retiens que ce que tu considères comme reniement. A quel jeu joues-tu ?

    Alors venons-en au terme, car rien qu’à t’imaginer lire ces lignes, nous sentons que tu étouffes…de rage… ! On va te laisser reprendre tes esprits…le match n’en sera que plus animé.

    Nous souhaitons te garder, tu nous amuses, tu animes, à ta façon, la vie durbannaise, tu n’as pas ton pareil, les villages voisins nous envient. 

    Alors, pour cette fois, mais c’est la dernière, nous n’avons pas suivi Michel AUDIARD qui écrivait :

    « il ne faut pas parler aux C (disons Canards),

    Ça les instruit ! »

    Porte-toi bien »

    PS : pour répondre à ta très spirituelle charade, une devinette de notre cru : quelle caractéristique se cache derrière le B qui affuble notre canard ?